Déshabiller l'oeuvre contemporaine Usages et enjeux du vêtement

Conférence du samedi 25 Février 2012
par Geneviève Besse-Houdent, diplômée en histoire de l'Art

La greffe du tutu de tulle et du ruban de satin rose sur le corps en bronze de La Petite Danseuse de 14 ans de Degas avait introduit dès 1881 l'hétérogène dans l'œuvre d'art. Tous les matériaux ainsi que de nombreux objets, un peigne, une pelle, un manteau, une botte se sont autorisés peu à peu à figurer dans les collages puis dans les assemblages de la représentation plastique. En prenant place dans l'œuvre, le vêtement en particulier, intégral ou tronqué, usagé ou recyclé, tissu ou résille métallique, investit l'image et l'idée du corps, corps absent, souffrant ou désirant. Entre le corps et le vêtement, dans la continuité du réel ou l'échappée imaginaire, circule l'humain, qu'il soit Sujet, c'est-à-dire être de nature, protégé par l'abri d'une seconde peau, ou Personne, revêtue de l'habit, marque de l'identité sociale.
Les vêtements présents sous forme de symboles, d'allusions ou de fragments portent à leur tour les enjeux et les vertiges du devenir contemporain, paradoxes souvent insaisissables, prémonitoires ou nostalgiques. Quels sens, quelles ruptures, quelles émotions produisent sur nous les œuvres contemporaines façonnées de hardes ou d'habits ? Nous nous amuserons avec l'ironie du travestissement, nous trouverons refuge dans l'abri-manteau, nous enfilerons les robes de la mémoire. Du lange au linceul, de la parure à la vêture, nous soulèverons quelques pans du réel et nous verrons comment le matériau-vêtement peut désigner la rencontre serrée de l'art et de la vie.

Geneviève Besse Houdent