Jeanne d'Arc : et si tout était faux ?

Conférence du samedi 14 décembre 2013
à PRAYSSAC

par Marcel Gay, Journaliste, écrivain,
auteur, avec Roger Senzig, de
" L'Affaire Jeanne d'Arc " (Editions Florent Massot).

" Ce n'est pas la fille d'un pâtre qui a été condamnée à Rouen
Mais un rejeton de la race des rois "

(Shakespeare - Henri VI)

Et si tout était faux ?
Si l'histoire de la petite bergère envoyée de Dieu n'était qu'un habile stratagème pour servir les intérêts de l'Eglise et du roi de France ?
Si Jeanne d'Arc n'était pas née à Domrémy le 6 janvier 1412 et pas morte brûlée vive sur le bûcher de Rouen le 30 mai 1431 ?
Enquête choc sur l'un des plus grands mystères de l'Histoire.

Qui était Jeanne ? A-t-elle vraiment entendu des voix ? A-t-elle été suscitée par Dieu pour sauver le royaume de France ? Que sait-on au juste du destin hors du commun de cette gardeuse de moutons de Domrémy ? A quoi ressemblait-elle ? Quelle langue parlait-elle ? Comment a-t-elle appris à chevaucher de fougueux destriers, à manier l'épée, à faire la guerre ?
Je me suis posé ces questions au cours d'une enquête sur la Pucelle et j'ai publié en 2007 avec Roger Senzig, " L'affaire Jeanne d'Arc ".

Les historiens " officiels ", ont crié au scandale. Les médiévistes patentés sont partis en croisade contre cet ouvrage blasphématoire! Et contre son auteur, journaliste renégat qui prétend que la Pucelle n'a pas été brûlée à Rouen.
Colette Beaune a pris aussitôt la tête de l'Inquisition pour combattre la nouvelle hérésie. Ce professeur émérite à Paris X, spécialiste de Jeanne, a publié en 2008 un livre haineux : " Jeanne d'Arc. Vérités et légendes ". Le bandeau rouge sang est sans appel : " Pour en finir avec ceux qui racontent n'importe quoi ! " Cloué au pilori, le journaliste que je suis est qualifié de " mythographe ".

Docteur en histoire médiévale, le directeur du Centre Jeanne d'Arc d'Orléans, Olivier Bouzy, s'est métamorphosé en Torquemada des temps modernes. Dans son réquisitoire intitulé " Jeanne d'Arc : l'histoire à l'endroit " il dénonce le crime d'apostasie et réclame le bûcher.
Gardien de la foi au royaume des Historiens orthodoxes, Nicolas Offenstadt, maître de conférence à Paris 1, spécialiste du moyen-âge, n'a pas hésité à enfiler les habits du bourreau dans une chronique cruelle publiée par Le Monde des Livres où il allume l'autodafé et jette au feu le livre impie et son auteur.

D'autres suivront. Fidèles du dogme, ils jettent l'anathème au gré des articles de presse et réclament l'excommunication dans une tribune collective du Figaro du 9 avril 2009 : " Jeanne d'Arc et les impostures ".
Pourquoi tant de haine six siècles après le procès de la bergère ? Pourquoi la remise en cause de l'histoire officielle est-elle si dérangeante ?
La réponse me semble évidente : l'Histoire doit être écrite une fois pour toutes. Les héros, les mythes, les légendes sont le bien commun de tout un peuple. Ce sont des exemples à suivre, des actions à glorifier, des figures à déifier dans le but de servir une idéologie, politique ou religieuse. Ou les deux.

Jeanne n'échappe pas à cette règle vieille comme l'antiquité. Dès le 15ème siècle, la Pucelle fut un mythe vivant pour ses contemporains. On lui prêtait des pouvoirs miraculeux. Ses armées volaient au-dessus des enceintes fortifiées. Jeanne, sainte et guerrière, fut élevée au rang de culte national au 19ème siècle après la défaite de Sedan et l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine. Jules Michelet a gravé dans le marbre l'histoire romancée de Jeanne d'Arc. Mais c'est Jules Quicherat qui, le premier, a publié un vrai travail scientifique en accédant aux sources directes.

C'est à partir de ses travaux érudits, notamment, que j'ai mené mon enquête, après avoir vérifié et recoupé les informations. Derrière l'héroïne, derrière le mythe, derrière la légende, derrière la cuirasse et sous l'auréole, j'ai cherché la femme. Cette femme du moyen-âge qui a osé briser tous les tabous de son temps.
En journaliste d'investigation, j'ai mis mes pas dans les siens. J'ai lu les dépositions des témoins de l'époque, j'ai lu évidemment les procès et les chroniques, j'ai essayé de comprendre le contexte de l'époque, celui de la guerre de Cent ans, celui de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. J'ai bien regardé la scène du bûcher.
Peu à peu, le puzzle s'est mis en place. Un autre visage de notre héroïne est apparu. Petite, brune, la Pucelle ne s'est jamais appelée d'Arc, elle n'a jamais été bergère. Elle le dit deux fois à son procès. Elle sait très bien lire et écrire, elle le confirme elle-même. Est-elle née le 6 janvier 1412 ? Rien, absolument rien, dans les sources, ne le démontre. Au contraire, les témoignages plaident pour une naissance vers 1407. Est-elle morte sur le bûcher ? Là encore un doute sérieux subsiste puisque la femme qui périt dans les flammes de Rouen en 1431 a " le visage embronché " c'est-à-dire caché.
Or, des chroniques nombreuses et des documents irrécusables attestent de la présence de Jeanne entre 1436 et 1440 à Arlon (où elle se marie avec le chevalier Robert des Armoises) à Orléans, à Cologne et ailleurs.
A l'évidence, l'histoire officielle a été arrangée. Jeanne est morte en Lorraine, sans doute en 1449. Elle a été enterrée dans une petite église proche de Nancy. Son portrait est conservé dans un vieux château fort, à Jaulny, en Meurthe-et-Moselle.

Voilà ce que j'ai découvert au cours de mon enquête dont les preuves sont annexées au livre.

Marcel Gay