La justice ? Parlons-en !

Conférence du samedi 16 janvier 2016

par Marcel Gay
journaliste, écrivain

Comment la justice est-elle rendue en France ? Et par qui ? Pour répondre, il faut aller dans les coulisses des prétoires, il faut interroger des juges, des avocats, des journalistes. Puisque la justice est rendue par des hommes et par des femmes, il faut s'interroger sur le poids des réseaux et des lobbies. Sur les jeux de pouvoir et de séduction. Sur les connivences entre la justice et la politique.
Pour répondre à cette double question : du qui et du comment, il faut analyser les affaires judiciaires les plus emblématiques, celles qui ont récemment défrayé la chronique.
Par exemple, l'affaire Dieudonné pose la question des limites de la liberté d'expression. Peut-on rire de tout ? Les meilleurs juristes du pays ne sont pas d'accord avec les décisions rendues par le Conseil d'Etat. On a tordu le bras au droit pour satisfaire des groupes de pression.
Autre exemple, l'affaire Bygmalion, cette fraude à grande échelle dans un parti politique.
Les affaires Sarkozy, où l'on voit pour la première fois dans notre pays un ancien président de la République être poursuivi pour des faits de corruption active…
Pour savoir par qui et comment la justice est rendue, il faut s'interroger sur les progrès de la science qui, parfois, remettent en cause des décisions judiciaires. Sur la responsabilité des magistrats et des experts judiciaires dans de gros dossiers ou des affaires douloureuses. Sur la réforme pénale, la réforme des tribunaux de commerce etc.
A l'évidence, l'institution judiciaire est malade. Le mal est dû essentiellement à un manque crucial de moyens matériels et humains : il n'y a plus d'argent pour faire tourner une grosse machine à bout de souffle. D'où la grogne des magistrats, la colère des greffiers, le ras-le-bol des avocats qui ne peuvent plus assurer l'aide juridictionnelle, celle qui permet aux plus démunis d'avoir accès malgré tout à la justice.
La judiciarisation de la société a élargi le fossé entre la justice et le Peuple Français au nom duquel elle est rendue. L'opinion publique ne comprend pas, ne comprend plus ces jugements trop compliqués et trop favorables aux plus puissants, trop sévères à l'égard de tous les autres.
D'autant que s'est créée une confusion dans l'esprit des justiciables entre le droit français et le droit anglo-saxon, la procédure inquisitoire et la procédure accusatoire largement répandue par la profusion de films et de feuilletons américains à la télévision. Notre modèle inquisitoire fondé sur la preuve survivra-t-il à la mondialisation ? On peut en douter.

M.Gay

  • Sur ce sujet, Marcel Gay a coécrit un livre avec Frédéric Crotta, journaliste à Antenne 2 : “Dessous des affaires judiciaires"