Matériaux mystérieux du livre médiéval (parchemin,papier, pigments,enluminure

par Monique ZERDOUN, chimiste CNRS

Conférence du:
samedi 15 décembre 2012

  • Pourquoi l'étude des matériaux ?

Parmi les très nombreuses questions qui se posent à propos des matériaux de l'écrit et du livre en particulier, une d'entre elle se s'impose d'emblée : pourquoi, pour quelles raisons, des chercheurs, des artisans, des artistes, des esprits curieux ont-ils consacré une part importante de leur carrière si ce n'est toute leur carrière à l'étude de ces matériaux mystérieux que sont le cuir, le papyrus, le parchemin, les encres, les pigments, le papier etc. Pourquoi ?
L'important au fond est que les textes portés par les différents supports de l'écrit - et leur panoplie est très riche - nous soient parvenus. L'important est que les textes - ou d'autres formes d'expression - traduisant à travers le temps et les civilisations la pensée de l'homme, que ces témoins de l'art, du savoir, des sciences sous toutes ses formes, médecine, philosophie, théologie aient pu être décryptés, étudiés, traduits, édités, aient pu circuler, nous être restitués et que la transmission intellectuelle ait pu se faire.
Si l'unanimité se fait sur ce point, alors pourquoi s'intéresser aux matériaux ? La raison en est simple : pour que ces trésors, ces témoignages aient pu nous parvenir il a bien fallu que les supports qui les portent (pierre, bois, parchemin, papyrus etc.), que la forme matérielle sous laquelle ils se présentent (murs, ostraca, rouleaux, codex, feuilles d'arbre, tablettes, etc.) aient résisté au temps, à l'usure, aux mauvaises conditions de conservation, aux catastrophes de tous ordres, incendies, inondations, guerres, destructions, censure etc.
Un grand nombre de ces témoins précieux nous sont par miracle parvenus intacts ou presque, un nombre probablement encore plus grand a été perdu au cours du temps et un nombre non négligeable a résisté aux aléas dans un piteux état de conservation et passablement dégradés.
Prenons le cas du codex : outre le fait qu'étudier l'histoire et l'évolution de la fabrication de tel ou tel matériau le composant est important en soi pour quelqu'un qui s'intéresse à l'histoire des sciences et des techniques mais bien connaître un matériau, son histoire, l'évolution de sa fabrication dans le temps et l'espace, sa composition l'est également pour venir au secours d'un document malade, détérioré, ou abîmé. Il est clair par exemple que pour restaurer un document de parchemin ou de papier rongé par une encre corrosive ou pour arriver à stopper sa détérioration, il est impératif de savoir à la fois de quoi est composée cette encre, de quoi est constitué son support, comment ils entrent mutuellement en réaction etc.
L'intérêt de la connaissance des matériaux ne s'arrête pas là. Si elle peut souvent aider à restaurer et à guérir, elle peut aussi aider à dater et à localiser un document qui ne l'est pas. En effet, certains d'entre eux nous parviennent avec une indication de date de copie, de lieu de copie, ils nous arrivent en quelque sorte munis d'une " carte d'identité " parfaitement établie. Ce n'est pas malheureusement pas toujours le cas et l'étude des matériaux qui constituent le document peut parfois aider à combler ces lacunes.

CONTENU DE L'EXPOSÉ
Il portera plus spécifiquement sur les " matériaux du livre médiéval ", c'est-à-dire tout ce qui a servi à confectionner l'objet " livre ", lequel au Moyen-âge était manuscrit, c'est-à-dire, " écrit à la main ". Mais avant d'arriver à l'objet livre ou codex, il y eut bien d'autres présentations de l'écrit. Pour le seul Moyen âge, rouleaux, tablettes et codex ont dans le même temps été employés et leur utilisations se sont chevauchées parfois sur de longues périodes.
Parler des matériaux du livre au moyen âge, ne peut donc se faire sans un bref rappel des matériaux qui les ont précédés sous peine de ne pas comprendre l'enchaînement des techniques et leur évolution. Juste un exemple : avant d'utiliser comme support un matériau fort connu au Moyen Age et qui l'est encore de nos jours -, le papier, il y eut, si nous remontons dans le temps, le parchemin, peut-être aussi le cuir, le papyrus, la gravure sur pierre, les tablettes d'argile etc. Là encore un matériau ne s'est jamais brusquement laissé supplanter par un autre, les chevauchements de technologies et les utilisations simultanées ont duré parfois très longtemps, ce qui ajoute à l'intérêt et à la complexité.

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